Étiquette : en vrai

  • Je ne supporte pas les vérités en mousse

    Proposition quotidienne de rédaction
    Quel mot pensez-vous que trop de gens utilisent ?

    En vrai.

    Mais pourquoi les adultes s’expriment-ils comme des enfants de 6 ans ?

    Quand j’entends cette expression en réunion ou, pire, de la bouche de ma moitié, j’ai envie de m’exiler.
    Oui, c’est excessif mais je ne supporte guère les enfants de 6 ans.

    Tous ces gens pourraient dire « en réalité », « en fait », « en vérité », des expressions qui comptabilisent aussi deux mots. Ce n’est donc pas une histoire de langue fatiguée ou de minimalisme verbal.

    J’ai essayé de prononcer cette expression deux fois. Je me suis sentie vraiment misérable.

    Il y a des expressions qui glissent toutes seules, sans qu’on les voie venir. Des « genre », des « du coup », des « sans souci ». Elles passent, elles trépassent et pfiout ! Oubliées !
    Mais « en vrai », lui, il s’installe. Il trône. Il pose son sac, comme un ado de 24 ans revenu vivre chez ses parents après avoir raté la fac.

    Et personne ne le remet à sa place.
    Pire : tout le monde lui fait de la place.
    On l’intègre dans les slides, les mails pros, les échanges pseudo-intimes à la machine à café. Il est devenu un code social. Un mot de passe pour faire croire qu’on pense quelque chose de fondamental, alors qu’on va simplement dire :

    « En vrai, ce restau est pas mal » ou « En vrai, j’étais un peu saoul. » (Ça, je l’entends souvent au boulot (kikou les collègues !))

    C’est comme si les gens avaient besoin d’un sas de décompression pour exprimer une opinion basique. Un sas syntaxique. Deux mots mous pour emballer une idée tiède.

    Parce qu’en vrai, pourquoi revenir à l’époque où on disait dans la cour d’école :

    « En vrai on va dire que toi t’es la maîtresse et moi je suis le directeur et je vais t’envoyer sur la lune. » ? (oui ok cet exemple est bizarre)

    En vrai, c’est le doudou de la langue, le mot qui tient la main de la phrase quand elle a peur de traverser la rue. C’est mignon. C’est fragile. Et c’est profondément irritant.

    On dirait que tout le monde se donne la permission d’être un peu sincère… mais pas trop. Juste assez pour paraître humain, sans prendre le risque de vraiment l’être.
    Comme si on avait remplacé la vérité par une version beta, instable, testable, mais sans garantie.
    Une vérité en coton, lavable à 30°, compatible avec les réunions Google Meet et les discussions Tinder (mon Dieu ça aussi je ne comprends pas mais c’est un autre sujet).

    Et moi, dans ce théâtre du « presque vrai », j’ai envie de crier :
    « Soit tu parles, soit tu te tais, mais épargne-moi tes apartés de cour de récré. » Je suis trop quadra pour les demi-vérités livrées avec option smiley fait-maison. Je préfère une maladresse franche à une authenticité prémâchée.

    Tu veux me dire que tu t’es ennuyé à ce dîner ?
    Dis-le. Sans me faire croire que c’est une révélation cosmique.
    Tu veux me dire que tu n’aimes pas ma quiche ? Va droit au but. Je l’ai ratée, je le sais : mon four refuse de cuire convenablement le moindre plat.
    Tu veux me raconter un bout de toi ?
    Fais-le pour de vrai. Pas en vrai. Vraiment.

    Illustration d'une femme avec une expression de désaccord, sur fond violet, accompagnée du texte 'en vrai'.